dimanche 8 décembre 2013

Have you seen your mother ? (standing in the shadow)

rafi Haladjian vient d'annoncer la sortie au printemps prochain de sa nouvelle création : Mother.
Lire : https://www.sen.se

Mother, ou la mère des objets intelligents : il faut bien une maman pour donner la vie.

Au passage, rafi cherche à reprendre la main sur son terrain de jeu préféré et, de mon point de vue de fan de la première heure (ou presque), il y réussit plutôt bien.

Car ça y est, l'Internet des Objets dont rafi parlait lors du démarrage d'Ozone et de Violet il y a 10 ans (10 ans !!!), est devenu un terrain de jeu archi-fréquenté. C'est même devenu une grande cause nationale, via l'un des 34 (ou 37 je ne sais plus) grand programme pour réindustrialiser la France de notre bouillant Ministre du Redressement Productif. Géniaux ingénieux ingénieurs et faiseurs de pognon patentés s'y précipitent.

Il était temps de reprendre un peu de champ et de chercher à redonner davantage de sens à cette aventure. C'est ce que rafi vient de chercher à faire.

Une coïncidence personnelle m'a aidé à comprendre. J'ai lu la prose sur le lancement de Mother et vu les compte-rendus des médias sur le sujet le jour même où je venais de décider de laisser tomber mon bracelet Jawbone et l'application Up qui lui est associée. La raison : en fait, je n'en avais plus rien à faire, je n'apprenais pas grand chose et je commençai à en avoir marre de recharger le bidule ou de le connecter à mon smartphone pour voir les jolis graphiques. J'avais découvert mes petites habitudes, compris ce qu'il me fallait faire si je voulais tenir mon objectif de changer telle ou telle chose ou d'améliorer tel ou tel point de mon quotidien. Bref, je pouvais laisser tomber mon bidule.

Le dossier de presse pondu par Sen.se https://www.sen.se/static/press/Sense_Mother_&_the_Motion_Cookies_Dec_2013.pdf
raconte bien cette phase dite de "traversée du désert" où, en fait, ce qui domine l'utilisateur c'est l'idée "bon, c'est bien sympa, mais alors ?"

A l'orée du désert, je découvre donc Mother. Pas sûr qu'elle étanche ma soif ou me ramène dans le droit chemin mais en tout cas elle me réinterroge sur le véritable sens de tout cela. C'est moins fun que le lapin : d'ailleurs les internautes qui postent des commentaires sur les blogs qui racontent ce lancement le soulignent : la Mother n'est pas marrante. Le dossier de presse précise que Mother et ses capteurs sont à tenir hors de portée des enfants... Ce n'est pas un jouet. Quand on appartient à l'un des 34 (ou 37) programmes de réindustrialisation de la France, on  ne peut plus complètement n'être que fun.

En tout cas je suis frappé par la qualité du lancement. Design soigné, vidéo soignée, Mother a de la gueule. J'entends aussi rafi déclarer que Mother ne sera pas "en vente partout" mais seulement chez des distributeurs capables de vendre un produit comme celui-là. Certaines leçons du Nabaztag ont porté. Il ne reste plus à rafi qu'à éviter de se faire enfermer dans le rôle du réinventeur de la poupée gigogne et au contraire à faire valoir une fois de plus ses dons de visionnaire.

De mon point de vue, il est en train d'en administrer une nouvelle preuve. Dans notre pays d'ingénieurs perfectionnistes et conservateurs, cela fait du bien de voir un sémiologue littéraire nous mettre la puce à l'oreille !

vendredi 6 décembre 2013

Netflix face aux bien-pensants

Je lis que Netflix réfléchit à s'installer en France.
Comme ce sont des gens bien élevés, ils prennent rendez-vous avec la Présidence de la République. Lequel leur dépêche un de ses conseillers, David Kessler, ainsi que le directeur général de la SACD, Pascal Rogard, l'homme qui protège les droits d'auteur audio et vidéo dans notre pays d'exceptionnelle culture.
C'est pas un scoop, c'est dans la presse du jour.
Ces braves gens ont expliqué aux représentants de Netflix qu'ils étaient les bienvenus en France (ouf) à condition de respecter quelques règles.
Quelles sont ces règles si j'en crois la presse du jour ?

Primo, Netflix est prié d'opérer depuis la France et pas depuis le Luxembourg. C'est vrai que RTL et Europe 1 ont montré le mauvais exemple il y a au moins 50 ans de ça. Bon, Netflix est prié d'avoir envie de casquer au Trésor Public et nos éminences s'inquiètent de notre pouvoir de séduction dans ce domaine. Ma réaction : si le Luxembourg nous ennuie tant, pourrions nous nous demander comment être plus attractifs que le Luxembourg ?

Secundo, Netflix est prié de participer au financement de la création, comme le font les télés et les télécoms. Ma réaction : en France, le mécénat est obligatoire ? Ce discours a déjà été servi à d'autres sans forcément un grand succès. Sous d'autres cieux, on appellerait ça du racket. Poli, bien élevé, pour une cause qui fait joli, mais quand mécéner devient une condition pour être perçu comme un acteur "acceptable", c'est du racket quand même. On pourrait offrir un borsalino, un costard rayé et des pompes qui brillent à David Kessler et à Pascal Rogard. Ils auraient l'air chic.

Tertio : Netflix est prié de respecter la "chronologie des médias", un truc inventé au moment du lancement de Canal + et auquel nos marquis de la culture s'accrochent comme à leur dernière perruque, alors même que chacun sait (même Pierre Lescure, ex-Canal, a fait un rapport dessus) que cela ne rime plus à grand chose en l'état. Ma réaction : comment ose-t-on se moquer d'un industriel à ce point ? Faut-il que nos egos soient à ce point boursouflés ? N'a-t-on pas davantage à apprendre de la réussite de Netflix que de lui faire la leçon avant même qu'il n'ait déposé sa moindre valise ! Combien de Netflix ou équivalents avons nous en France ?

Un dernier point : M. Montebourg a-t-il été convié à cette rencontre ? A-t-il rencontré Netflix à un autre moment ? Netflix, s'il vient en France, créera bien quelques emplois. Et si ça marche, comme le savoir-faire de cet acteur américain viendra déstabiliser quelques uns de nos acteurs, peut-on anticiper cela et poser sur le sujet un autre regard que celui du seul fisc ou du mécénat imposé ?

Je n'ai pas envie de passer pour un décliniste mais cette histoire me consterne dans ce qu'elle dit de nos façons françaises d'être au XXIème siècle. J'aimerai bien que M.Kessler soit autre chose qu'un rond de cuir chic et que M. Rogard père (le fils dirige Dailymotion) fasse valoir ses droits à la retraite. C'est pas pénible la SACD ?