jeudi 6 décembre 2018

Champs Elysées, Champs Emotions



Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais alors que la voie "République-Bastille-Nation" est le tracé le plus fréquent des manifestations sociales, le trajet autour de Montparnasse aussi parfois, histoire de changer de riverains, le boulevard St Michel le lieu historique de la contestation étudiante, nous assistons à l'émergence des Champs Elysées comme l'avenue dédiée au défilé des émotions.

C'était peut être déjà vrai du temps où cette avenue était réquisitionnée pour les défilés du 14 juillet ou l'arrivée du Tour de France, mais, en l'espace d'un an, les choses ont pris un tour émotionnel particulièrement accentué.

Ainsi, décembre 2017, il y a un an tout juste, nous avons vu les Champs Elysées dédiés à la Tristesse. Johnny était mort, la France le pleurait, les motards l'escortaient, Macron était applaudi et le peuple tout entier ou presque bien sûr (il y a toujours des mauvais coucheurs), se rendait à la messe. Dans le genre, un bijou.

Juillet 2018 a vu les Champs Elysées dédiés à la Joie. C'était la Coupe du Monde de Foot, l'équipe nationale avait gagné d'abord son passage en Finale ("on est en finale on est en finale on est en finale"...), puis sa deuxième étoile "20 ans après" comme le titre donné par Alexandre Dumas à la suite des Trois Mousquetaires. Les choses passaient un peu trop vite, Macron était un peu moins applaudi, il y avait davantage de mauvais coucheurs, non pas à cause de l'équipe, intouchable, mais à cause de l'organisation de cette célébration.

Le 17 et 24 Novembre, puis le 1er Décembre, ont été dédiés sur les Champs à la Colère. Comme celle-ci se nourrit d'un peu de tout tel le Gremlin destructeur, elle ravage, jusques et y compris les symboles nationaux a priori les plus respectables (Tombeau du Soldat Inconnu), les agresseurs étant d'ailleurs de la même eau que ceux qui violent des sépultures les soirs de beuveries ou d'excès de shit dans la campagne des bleds paumés.

Il nous reste deux émotions à vivre : le samedi 8 Décembre sera-t-il la journée de la Peur ? Tout montre que nous en prenons le chemin.
Et puis bien sûr, même si cette émotion n'est pas toujours considérée comme une émotion dite "primaire", il y aura, un jour et je ne sais pas quand, une manifestation pour exprimer le Dégoût.

Enfin, si j'en crois l'infernale bêtise sans fond qui traîne sur les rézocios, Edouard Philippe devrait préparer ses valises, Macron vérifier qu'il n'y a plus de guillotine en activité et le général de Villiers, héros d'un passage incontestablement réussi à On n'est pas couché, se préparer à regarder les Gilets Jaunes "à hauteur d'homme".

A la fin d'un mouvement insurrectionnel, c'est toujours le parti de l'Ordre qui rafle la mise.

N'oubliez pas d'écouter Joe Dassin ce week end pour vous changer les idées.