samedi 15 octobre 2016

La maladie du "off"




Avec la sortie de "Un Président ne devrait pas dire ça" de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, François Hollande vient de jouer avec le feu et il s'est gravement brûlé. En d'autres temps, d'autres socialistes jouaient (passez moi l'expression) avec les femmes de ménage et se cramaient complètement.

Il n'existe pas de hasards ni de coïncidences, nous avons eu un Président dit normal, élu par effraction, qui n'en revenait pas depuis 5 ans d'avoir le job qu'il avait et qui ne s'en croyait pas capable en même temps qu'il s'en rengorgeait. Pour faire un parallèle avec la réplique favorite de la marionnette d'un autre Corrézien d'adoption fameux, tous les matins en se rasant, notre Normal se disait : "Putain, t'as vu, chuis Président !"

Le mur du çon

François Hollande fréquente la presse depuis des années, il a l'habitude des satisfactions comme des galères que peuvent faire vivre les relations avec les médias, il connaît parfaitement bien les règles du jeu. J'ai acheté le bouquin tellement je n'en revenais pas. Ma première réaction a été de me dire, façon Canard Enchaîné, "le mur du çon a explosé". Alors faites comme moi, lisez le bouquin, je vous le conseille car je me dis qu'il restera dans les annales

En dehors du "buzz" infernal que ce bouquin inouï génère, je n'en ai encore lu que la préface et ceux qui n'ont pas encore eu à réfléchir à ce que signifie travailler ses relations avec les médias y puiseront plein d'excellentes leçons. La première rejoint la toute première phrase sarcastique du bouquin publié il y a une dizaine d'années par Franz-Olivier Giesbert sur Jacques Chirac : "on ne se méfie assez des journalistes".  Et cette leçon a à voir avec cette habitude des déclarations "off the record" que de très nombreux dirigeants, et pas seulement Hollande, prennent l'habitude de faire.

Le "off" est une maladie. Elle naît de deux besoins : chez les journalistes, celui de devoir donner des citations entre guillemets pour alimenter leurs articles et valider les faits rapportés, les analyses, les commentaires, etc... La citation "entre guillemets" est un matériau journalistique indispensable. Quand un journaliste n'en a pas, son récit est tout au plus une chronique, un jus de crâne. Ce n'est pas ou plus un journaliste, c'est un blogueur :-) Le "off" naît aussi du besoin de dirigeant de faire comprendre aux médias tel ou tel aspect d'une actualité ou de son action sans pouvoir s'afficher ouvertement. Sans oublier que, sans"off", pas de Watergate non plus par exemple. Il y a un lien entre le "off" et la protection des sources.

La vérité ?

Gérard Davet et Fabien Lhomme, dans le projet qu'ils ont conçu, jouent avec les lignes. Pour eux, un dirigeant politique qui pratique le "off" est un gars qui n'assume pas. C'est parfois le cas c'est vrai et certains dirigeants méritent des coups de pied aux fesses pour ça, mais bon, si la lâcheté est un vilain défaut, on ne va pas en faire un monde non plus dans ce domaine. Les auteurs sont persuadés qu'ils agissent, je cite, pour "la vérité". Je trouve cela très présomptueux. Je préfère les sarcasmes de FOG ; au moins n'est-il pas dupe du jeu qu'il joue.

Pinocchio

Doit-on pour autant considérer que Hollande est une victime ? Pas du tout ! C'est la fable du "tel est pris qui croyait prendre". A force de se rengorger tout seul du job qu'il a décroché au nez et à la barbe de tous ceux qui le traitaient de "Flanby" ou de "Fraise des Bois", notre Petit Chose Elyséen s'est cru tellement fort qu'il croyait tout maîtriser. Son ego le rattrape et se venge. Alors il s'est fait avoir par nos deux chasseurs de vérité. Dans leur préface, les deux lascars racontent très bien la séquence : le jour où ils annoncent que le livre va paraître, le Président leur dit benoîtement qu'il est donc temps de "relire les citations". Et là, que nenni. Hollande n'a pas insisté. "C'est tout à son honneur" osent nos auteurs. En fait, Hollande sait alors qu'il s'est mis dans de sales draps. Il est comme Pinocchio et les deux voleurs. Il est arrivé aux pays où les enfants deviennent des ânes.

Never off

Ce qu'il y a de bien dans cette histoire c'est que je vais pouvoir encore mieux recommander à mes clients de ne jamais céder à la tentation du "off" lors de leurs rencontres avec des médias. Pour paraphraser Jean Rochefort alias le colonel Toulouse dans "Le Grand Blond avec une Chaussure Noire" : "Le off, mon petit Perrache, c'est un piège à cons". Si vous avez quelque chose à dire à un journaliste, cela doit pouvoir se retrouver dans le journal (ou un livre, donc), demain, après demain et jusqu'à la fin des temps sans que vous ayez à rougir. Et si vous voulez relire vos "citations", alors mettez vous d'accord avec les journalistes en question. N'importe quel chargé de com' sait cela. Or il semble que de ce point de vue, nos deux lascars aient quand même annoncé la couleur.

Cette histoire en dit sûrement long sur François Hollande, son ego, sa relation avec les médias et sa perception du rôle d'un Président. Ce n'est pas grandiose (euphémisme). Elle en dit aussi long sur l'état de la presse, l'état du Monde, les connivences qui existent parfois, les risques que l'on prend quand on a le pouvoir et quand on le fréquente. Bref, au final, cela reste une histoire intéressante, je vais poursuivre ma lecture !

PS : même si ce bouquin est inouï, il l'est toujours moins que le torrent de saletés que l'on voit défiler aux Etats-Unis avec la candidature de l'abominable Donald. Son métier c'était a priori de construire des tours. En fait ce type s'est plu à nous planter son phallus aux quatre coins de la planète. Beurk. Par comparaison encore, j'ai bien aimé le premier débat de la "primaire de la droite et du centre". Personne n'a cédé à la tentation du "show" en dépit d'une mise en scène qui faisait penser à celle des jeux télévisés. Nos Augustes et nos Clowns Blancs ont bien joué leur partition. Un merci spécial à NKM, la seule à avoir parlé des "travailleurs indépendants" ; je suis content que la seule femme du lot ait pensé à moi :-))





samedi 8 octobre 2016

Les clowns blancs, les Augustes, les élections et nous

Lorsque les enfants vont au cirque, le numéro qu'ils préfèrent, le plus souvent, est le numéro des clowns. Après avoir bien eu peur avec les dompteurs et avoir éprouvé diverses sensations fortes en regardant les acrobates, chacun se détend lorsqu'entrent sur la piste le clown blanc et son compère l'Auguste, son nez rouge, sa cravate à malices et ses immenses chaussures. Quand j'étais enfant, je préférai l'Auguste, le clown blanc m'embêtait à vouloir jouer de la musique nase et avec ses grands discours. Je n'étais pas le seul à préférer l'Auguste.



Une élection présidentielle ressemble à bien des égards à un spectacle de cirque. Même les plus adultes d'entre nous gardent leur fond d'enfance et les médias savent s'y prendre pour faire monter la sauce. Du coup, si vous regardez les résultats des élections présidentielles ici ou aux USA, la préférence va le plus souvent aux Augustes davantage qu'aux clowns blancs.

Certes c'est là une analyse dont je reconnais volontiers le caractère grossier, élémentaire, basique comme on dit. Mais regardons plutôt :

De Gaulle : l' Auguste magnifique

Ah, regardez le sauter sur sa chaise pour se moquer de l'Europe, parler du "machin", du "volapück" et autres "quarteron de généraux à la retraite". Avec lui, nous étions sûrs de ne pas nous ennuyer. Et ce nez incroyable qui réjouira n'importe quel caricaturiste. De Gaulle fut un Auguste fabuleux, Pierre-Mendès-France, l'austère clown blanc, n'a jamais voulu monter sur scène à ses côtés. C'est un Auguste inattendu, toutes dents blanches dehors, qui le mit en ballottage. Eh oui, les vieux Augustes sous-estiment leurs successeurs !

Mitterrand : l'Auguste qui a fini par terrasser le Clown Blanc

Mitterrand n'arrivait pas à la cheville de de Gaulle en 1965 et a échoué face à un Giscard accordéoniste, "à la barre" et qui forçait sa nature jusqu'à, une fois élu, recevoir les éboueurs au petit-dej ou s'inviter à dîner chez "Madame, Monsieur". En revanche, en 1981, Mitterrand fut à son tour un Auguste fabuleux, un poil plus cynique que celui que les enfants applaudissent et Giscard, clown blanc parmi les clowns blancs, qui ne savait ou ne pouvait plus faire l'Auguste en 1981, a mordu la poussière, tout "colin froid" qu'il était. Ah cette réplique sur "l'homme du passif" ! ça, c'est ce qui s'appelle tirer la langue à l'adversaire !. Enfin, Mitterrand encore, face à Chirac cette fois, sept ans plus tard et son "dans les yeux je vous la conteste", quel talent.

Chirac : le Grand Prix de l'Auguste

Et pourtant Chirac mérite incontestablement le grand Prix de l'Auguste une fois Mitterrand écarté. Certes les Guignols de l'Info l'ont bien aidé avec une marionnette drôlissime aux antipodes de l'image facho qu'il trimballait. Notre mangeur de pommes national leur doit une fière chandelle. Il en doit aussi une bien entendu à ce brave Edouard, clown blanc égaré qui n'a pas su faire l'Auguste.

Sarkozy : l'Auguste qui ne fait pas rire tout le monde

Sarkozy ne fait pas rire tout le monde mais son vocabulaire relâché, ses tenues de cycliste, son côté sale gosse qui tombe les filles, en fait un spécimen intéressant d'Auguste,  Première Auguste féminine connue, Ségolène Royal n'a pas réussi à lui barrer la route, pourtant, "la bravitude", c'était bien joué dans le genre, sans parler de "l'idéal qui va continuer à nous rassembler vers d'autres victoires" lancé dans l'émotion de la défaite !

Hollande : l'Auguste anaphorète !

Quant à Hollande, ses blagues bien connues, sa posture d'homme normal et son côté Culbuto qui se plantouille dans le cérémonial, il n'a pas à rougir, il fait un Auguste épatant. Sarkozy en a eu la bouche cousue. Ce n'est pas tous les jours qu'on croise un Auguste qui sait filer l'anaphore !

2017 : Les paris sont ouverts

Bon, visiblement, en 2017, élire un Auguste peut ne pas nous suffire. Juppé a beau se lâcher grâce à Franz-Olivier Giesbert, il reste assez désespérément clown blanc et, pour l'instant, cela semble lui réussir.

Attendons la suite, Montebourg est assez performant en Auguste et Macron aussi, finalement, avec ses costards qu'il arrive à se payer en bossant, lui. Bref, depuis la plantade historique de Jospin, éminent clown blanc, c'est à gauche que sont les Augustes, le ponpon pouvant être détenu par Mélenchon, un très bon client dans le registre.

Car, dans la primaire de droite, Fillon a beau mettre des chaussettes rouges, on n'a jamais vu un Auguste se distraire en faisant les 24h du Mans. Bruno Le Maire n'a aucune chance, si vous voulez mon avis. 1000 pages de programme ultra-détaillé à l'heure de Twitter et de YouTube (mais il ne sait pas ce qu'est un youtubeur), ça ne fait pas sérieux !

Allez encore quelques mois à contempler le show et nous verrons. Un seul président "clown blanc" élu depuis 1965, je comprends pourquoi Juppé promet de ne faire qu'un seul mandat !