lundi 7 mai 2018

Nos émotions et nous



J'ai déjà eu l'occasion dans ce blog de dire tout le bien que je pensais du film Vice-Versa, produit par Pixar, un film pour les enfants comme pour les parents qui aide à comprendre le rôle des émotions dans nos comportements et nos décisions.
Le caractère ultra-émotionnel de l'actualité, entre anarchistes violents, célébrations soixante-huitardes et autres Fête à Macron, sans oublier le PDG d'Air France qui joue au poker, me donne envie de revenir sur ces émotions et ce qu'elles traduisent de nous.

La colère : commençons par elle puisqu'elle est la vedette de nos médias.
C'est intéressant d'en observer les gradations successives : au départ il existe une contrariété, laquelle peut muer en agacement, ces deux premiers stades restants somme toute gérables. Si nous n'y arrivons pas, les choses vont devenir plus compliquées. A l'agacement va succéder l'énervement. L'énergie monte ! Ensuite vient l'agressivité, et c'est là que les projectiles pleuvent sur les vitrines, les gendarmes mobiles ou les chemises blanches des DRH...
Ces différents stades d'énergie se mettent en mouvement car au départ il existe chez celui (ou celle !) un besoin qu'il n'arrive pas à satisfaire, le besoin de respect. Prenez le camarade Mélenchon, colérique chronique, il raconte très bien l'absence de respect, de considération, dont il dit avoir fait l'objet de la part des instances dirigeantes du PS. Au-delà du personnage, les phénomènes économiques engendrés par la mondialisation, génèrent un sentiment de perte de contrôle, d'insignifiance, à la racine des mouvements que nous pouvons observer. Que faire alors pour la faire retomber ? Pensez alors au remarquable film de Sidney Lumet, justement intitulé "Douze hommes en colère", avec Henry Fonda dans le rôle principal. Il est intéressant de voir comment Henry Fonda va se confronter à la colère de ses homologues. Il leur pose des questions, il laisse la porte ouverte, il assume son désaccord et les interroge sur ce à quoi ils croient. Il utilise son pouvoir, celui d'être un juré comme eux, pour les faire réfléchir et pas pour les contraindre. Et il emporte le morceau. La colère n'a rien à voir avec la justice ou la vérité.

La peur : continuons avec elle puisque c'est ce que ressentent tous ceux qui se trouvent licenciés parfois sans ménagement, ceux qui vivent dans des environnements dégradés, etc...
Cette émotion naît avec le doute, lequel peut muer en inquiétude. Là encore, l'émotion ressentie joue en nous mezza voce. Elle prend de l'énergie si elle se mue en appréhension, puis en angoisse, voire en terreur ou effroi. La peur souligne que nous nous sentons en insécurité, elle part d'un besoin de protection. La peur nous invite à questionner la réalité. Que font les parents confrontés aux enfants qui font des cauchemars ? Ils leur offrent leur protection sans concession, font parler les enfants de ce qu'ils viennent de "voir", ils les ramènent progressivement dans une réalité a priori rassurante.
Nous sommes tous de grands enfants.

La tristesse : c'est l'émotion que ressentiront tous ceux qui, dans notre actualité chargée, auront l'impression d'avoir engagé un bras de fer "pour rien". C'est une impression très présente chez les managers ou les dirigeants que je peux rencontrer lorsqu'ils ont perdu un job, un statut, un sentiment d'appartenance.
La tristesse nous dit que quelque chose de bon s'est achevé, quelque chose qui donnait du sens à notre vie. A basse intensité, la tristesse commence avec une déception, qui peut muer en nostalgie. D'intensité plus forte elle se mue en mélancolie, et, dans les cas les plus douloureux en désespoir, en dépression, elle peut déboucher sur des suicides. La tristesse s'installe lorsque nous avons perdu ce qui nous rendait vivant, ce qui faisait le sel de notre quotidien.
Confronté à la tristesse, la nôtre ou celle de nos proches, la ligne de conduite est de les accompagner bien souvent dans la prise de conscience de ce qui manque, et de les aider à chercher d'autres sources de sens.

La joie : c'est une émotion positive alors les choses nous paraissent plus simples. Nous pouvons en observer là aussi des gradations : au départ nous sommes contents et ce contentement peut muer en satisfaction. A forte intensité nous ressentons de l'enthousiasme. La joie peut devenir vaguement dérangeante lorsqu'elle mue en exaltation, pour ne pas dire en hystérie. Pour prendre un exemple en forme de clin d'oeil, rappelons-nous lorsque Tragicomix, dans Astérix Légionnaire, s'écrie "je vais revoir Falbala, je vais revoir Falbala !", Obélix ne peut s'empêcher de maugréer "gnagnagna". Rappelons nous les résultats de nos examens, ces débordements exaltés lorsque le résultat est positif... que ne vivent pas très bien ceux qui se sont fait recaler ! Du vécu, vous dis-je, du vécu. Bref, la joie est casse-pieds parfois, il suffit de se rappeler les polémiques râleuses chez les vaincus lorsque notre Jupiter favori est allé fêter son premier tour à la Rotonde !
La joie signe une réponse à notre besoin d'accomplissement. C'est important de ne pas la louper. Je connais quelques dirigeants et managers qui oublient régulièrement de célébrer la réussite, la leur et celle de leurs équipes. Cela donne des organisations sans joie. L'émotion de la joie favorise le sentiment de fierté. C'est très important !

Apprenons donc à communiquer nos émotions, à écouter celles des autres, aussi difficile que cela soit parfois ! Le film Vice-Versa nous apprend qu'elles nous aident à grandir. Revoyons Vice-Versa !


PS : un lecteur attentif et cultivé m'a fait remarquer, à la toute première édition de ce post, que je m'étais mélangé les pinceaux dans l'exemple, brillant bien sûr, que je tire d'Astérix. J'avais attribué à Obélix les répliques du bellâtre Tragicomix ! Bourde corrigée. Que ce lecteur érudit en soit remercié ! Son attention m'a apporté une joie sans mélange :-) !