mardi 26 juin 2018

Brexit : Help ! ou Let it be ?




Les négos internes sont les plus dures : la preuve par le Brexit

Pour qui s'intéresse à la négociation, le cas "Brexit" est de l'or en barres.
Il est de nature à rassurer tous ceux qui se disent que négocier avec leur voisin de bureau est bien plus compliqué que de négocier avec un fournisseur, un client, un partenaire, même le plus "difficile". Négocier "en interne" est beaucoup plus difficile.

Par conséquent ça patine sérieusement dans la sauce à la menthe du côté de la Tamise.

Le commentaire est souvent de dire "les anglais ne savent pas ce qu'ils veulent". De fait, avec un résultat de référendum qui donnait 52% environ pour le Brexit et 48% contre, il était prévisible que l'outre-manchois s'entre-déchire.

Au coeur du débat, les intérêts en présence, au sein même du Royaume, qu'il est nécessaire de passer en revue. Ces intérêts ont hélas été très mal examinés lors de la campagne "Leave or Remain". Les campagnes électorales sont simplistes, les intérêts de chacun le sont beaucoup moins. Bref, faire un référendum était peut être la seule manière de prendre une décision sur le sujet, mais comme le dépiautage des sujets à passer en revue est incroyablement plus subtil, le Brexit est voué, j'en suis persuadé, à l'échec absolu.

Car si j'avais bien tort de croire que les anglais n'étaient pas assez idiots pour prendre une décision pareille, je me dis, incurable optimiste, que toute cette histoire finira en eau de boudin. J'aime bien la formule de Pascal Lamy selon laquelle le Brexit s'apparentait à sortir un oeuf d'une omelette. Au pays des oeufs brouillés du matin, c'est presque bizarre qu'ils n'en aient pas davantage eu conscience. Bref, je prends les paris, le Brexit n'aura pas lieu. Et pourtant, Dieu sait qu'envoyer un coup de pied aux fesses des grands bretons me ferait du bien. Mais mon bien-être, dans l'affaire, n'a pas beaucoup d'importance !

Car, bon, par quelque bout que l'on prenne l'affaire, le Royaume-Uni est un pays européen, une île certes, mais en Europe, comme l'île de Ré si vous voulez, mais en plus grand et avec des fish & chips à la place des huîtres :-). La géographie est un très grand critère objectif. Et le rôle du Royaume-Uni en Europe, dans toute son histoire, est considérable. Son influence est majeure, dans tous les domaines : culturel, artistique, politique, économique aussi évidemment. Si McCartney n'est pas mon frère, alors qui l'est ?

Le Brexit est donc un défi à l'économie bien sûr mais aussi à la géographie et à la culture. En fait il est le résultat d'une immense difficulté à faire le deuil des Etats-Nations. Si cette crispation a atteint les anglais en pleine face, elle touche fortement les italiens, les polonais et les hongrois. Les grecs furent très touchés et semblent en voie de guérison. Les allemands sont très contaminés ces temps-ci apparemment. Elle nous atteint nous aussi, honnêtement, dans un autre registre, quand nous nous exténuons à abriter les corses qu'on ferait mieux d'envoyer au diable vauvert, comme les espagnols qui ne s'en sortent pas avec les catalans. Inutile de dire que je ne crois pas à la Catalogne ou à la Corse indépendante. A l'heure de la mondialisation, l'indépendance est juste une illusion. Tous ces braves Etats comme leurs belles régions n'ont qu'un avenir européen, au moins pour les quelques siècles à venir, avant que nous ne passions à une étape supplémentaire d'intégration, que je ne serai plus là pour commenter.

Discuter l'indiscutable

Le Brexit revient donc à discuter l'indiscutable. Boris Johnson est de la même eau que Laurent Wauquiez. Plus drôle quand même a priori car Laurent Wauquiez, non seulement est ridicule et pénible, mais il est surtout mortellement ennuyeux. Il fait des phrases ! Au moins n'est-il pas trop dangereux. Car le nationalisme, c'est la mort. Relisez Stefan Zweig, Le Monde d'Hier.

Lorsque nous sommes confrontés à "l'indiscutable", auquel nous aurions aimé échapper, nous réagissons comme les anglais qui craignent pour leur mode de vie, nous traversons ces phases qu'Elisabeth Kübler-Ross a formalisé sous le nom de "courbe du deuil".

Je vous les rappelle (j'ai déjà écrit là-dessus, mais c'est bien de faire des révisions de temps en temps, après tout c'est l'époque du bac) :
- first (ben oui, je parle anglais), le déni, le rejet de la réalité. A l'échelle du Brexit, c'est cette incapacité à se dire que l'empire est mort
- deuxio, la colère. Nous y étions il y a deux ans. Cameron en cherchant à manipuler son opinion publique pour tirer les marrons du feu, crée la situation qui conduit au Brexit. Du coup ils sont effectivement débarrassés de leur Premier Ministre mais ils héritent du Brexit, au grand désappointement de Nigel Farage et de Boris Johnson, qui ne pensaient pas se retrouver au pied du mur à ce point. Zut, ça avait marché.
- troisième étape : le marchandage. C'est ce à quoi les anglais se livrent entre eux, et parfois avec nous, le marchandage étant par ailleurs une forme de négociation qui contribue à créer très peu de valeur mais surtout à fabriquer des compromis douteux.
- par conséquent, après deux années de ces discussions stériles, nos amis grands bretons arrivent à la quatrième étape de la courbe, celle qui guette les syndicalistes SNCF au passage, celle de la déprime. Chacun constate qu'il tourne en rond, que la réalité est ce qu'elle est, et si tout cela est très ennuyeux, ce n'est pas discutable, en effet. Elisabeth Kübler-Ross a développé l'accompagnement des grands malades par les soins palliatifs, c'est vous dire si cette analyse s'applique à des situations autrement plus douloureuses ou personnelles que le Brexit, la réforme de la SNCF ou autres bricoles démocratiques.
- le cinquième  point de la courbe est dans l'acceptation du problème, et ainsi dans sa résolution, car, au lieu de l'éviter celui qui y est confronté va se décider à le prendre en main, à l'assumer et à aller de l'avant, vers son destin en quelque sorte, lequel est différent de tout ce qu'il a vécu jusque là. Nous comprenons alors pourquoi ce n'est pas facile. Nous pouvons donc montrer un poil de compassion pour ces pauvres grands bretons, qui vont en plus continuer à venir rougir lamentablement sur nos plages cet été.

Car nous ne devons pas manquer de compassion. Quand je vois la quantité de polémiques de seconde zone : la piscine, la vaisselle, le collégien, le pognon, gonflés à l'hélium des rezosocios décérébrés, tout ça parce que notre Macron national fait quelques transformations dans la maison, je pense que nous n'avons pas trop à nous moquer de qui que ce soit sur la planète ! Il y a bien d'autres vrais sujets à traiter, et aucun n'est simpliste. At the same time, quoi !